Normes : « même quand on fait bien son métier, on est un délinquant ».
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA et céréalier en Seine-et-Marne, s’est exprimé sur diverses thématiques lors de sa venue à l’assemblée générale de la FDSEA 14, mercredi 7 juin 2023 à Caen. On fait le point.

Que pensez-vous des normes et de l’administration en France ?
Partout où je vais, on me parle de l’incapacité chronique pour un agriculteur à pouvoir suivre et respecter le cadre et la norme, notamment via des décisions contraires au bon sens paysan. On a besoin, dans un pays moderne, d’avoir des règles, c’est normal. En revanche, ce qui n’est plus tenable, c’est l’enchaînement de production de normes sur les entreprises agricoles et d’autres secteurs d’activité.
En quoi la prolifération des normes est-elle un problème pour la profession ?
Dans le cadre de la PAC par exemple, des Fédérations organisent des sessions de pré contrôle pour regarder où les exploitants en sont dans leur conduite agricole. Dans 90 % des cas, il y a des écarts majeurs avec la réglementation qui pourraient conduire à des sanctions. Cela veut dire qu’aujourd’hui, même quand vous êtes un agriculteur de bonne foi, que vous faites bien votre métier, quelle que soit votre production, vous êtes un délinquant en puissance. Ce n’est pas tolérable ! […] Nous sommes rentrés dans un monde où tout est juridique, notamment sur le volet des produits phytosanitaires.
Quid des phytos ?
Le S-métolachlore a défrayé la chronique récemment. Ce désherbant très utilisé est prorogé par l’Europe une année de plus, contrairement à la France. La Première ministre avait dit qu’il n’y aurait pas d’interdiction sans solution lors du Salon international de l’agriculture 2023. Or, on va se retrouver avec une surtransposition européenne… Le sujet n’est pas sous contrôle.
Quelles solutions ?
Une méthode est proposée à l’ensemble des Instituts techniques agricoles. Elle consiste à observer les molécules posant des problèmes pour voir quelles trajectoires de progrès pourraient être adoptées, et sur quel pas de temps les molécules sont censées disparaître. […] On a besoin de se battre pour respecter le cadre de la santé publique. Mais si c’est pour nous expliquer que c’est fini en France, mais que c’est utilisé ailleurs, comme les néonicotinoïdes, ça n’a pas de sens.
Le zérophyto est-il atteignable ?
Le zérophyto, dont on entend parler partout, n’est pas tenable avec le contexte dans lequel on est et la connaissance scientifique telle qu’elle est perçue. Porter ces valeurs dans le pays qui est le plus gros consommateur de médicaments par habitant, je trouve que ça ne manque pas de sel. La science est nécessaire aux évolutions. Partout où l’on peut avoir des produits de biocontrôle, il faut les utiliser certes, mais dans un marché ouvert, il faut savoir être responsable pour ne pas perdre les marchés